Une malouinière est une maison de plaisance caractéristique de la région de Saint-Malo, que les armateurs se faisaient construire et où ils passaient quelques mois par an avec leur famille et leurs domestiques. Je vais donc visiter celle de la Ville-Bague à Saint-Coulomb, une des dix plus grandes bâties.
Découverte d’une malouinière
Aujourd’hui, Monsieur Lopez m’attend à la Malouinière de la Ville-Bague à Saint-Coulomb pour me faire visiter les lieux. Cette belle propriété, qui fait partie des 112 malouinières que compte la région de Saint-Malo, a été construite par Guillaume Eon de la Ville-Bague en 1715.
Sur le plan architectural, les malouinières se caractérisent par une symétrie parfaite, des cheminées élevées en pignons, des épis de faîtage en forme de pots à feu et un bandeau de granit qui délimite l’étage.
Les armateurs, pour éviter les mauvaises odeurs qui envahissaient Saint-Malo l’été, quittaient la ville d’avril à octobre. Mais pour pouvoir régler les affaires au plus vite quand un bateau revenait des Indes, de Chine ou d’ailleurs, une malouinière ne devait pas être à plus de deux heures de cheval de la Cité corsaire.
Ma vidéo sur la Malouinière de la Ville-Bague :
Malouiniere de la Ville Bague a Saint-Coulomb en Ille-et-Vilaine (Bretagne) from Hautebretagne on Vimeo.
Histoire peu banale d’un papier peint
Monsieur Lopez me guide vers un salon où un papier peint panoramique, représentant l’arrivée des Espagnols chez les Incas, est classé Monument Historique. Cette oeuvre, qui provient de la manufacture parisienne Dufour & Leroy, a été posée là en 1810, mais elle avait disparu en 1972 après avoir été découpée et vendue à un antiquaire par les anciens propriétaires.
Les acquéreurs de la malouinière vont le pister sans relâche et le retrouver miraculeusement au marché de l’art d’Aix-en-Provence. C’est ainsi qu’il a pu reprendre sa place d’origine !
A l’abordage !
Puis Monsieur Lopez me conduit dans le pigeonnier qui abrite des armes de corsaire.
Les sabres d’abordage étaient également appelés “cuillères à pot”. On utilisait, en effet, une grosse cuillère pour mélanger les aliments cuisant dans un pot de cuisine dans la cheminée, et ce sont ces mêmes cuillères, dont on coupait les manches, qu’on adaptait aux sabres. L’expression : “J’ai expédié le bateau en trois coups de cuillère à pot” vient, bien évidemment, de cette pratique. Pour l’anecdote, Monsieur Lopez me précise que la cuillère représentait la dose de rhum que les hommes buvaient pour se donner du courage avant de monter à l’abordage.
Mais l’arsenal des corsaires ne se limitait pas au sabre :
- Le poignard d’abordage avait une lame légèrement incurvée et triangulaire. C’était une arme redoutable !
- La hache d’abordage était le piolet du corsaire : on la plantait dans le bateau ennemi, on lançait les grappins, puis on montait à l’abordage à l’aide des cordes.
- Le boulet à chaîne servait à freiner le navire ennemi. Quand on le lançait, il s’ouvrait en deux et partait en vrille pour déchirer les voiles et les mâts. Mais il ne fallait surtout pas abîmer la coque, car un bateau en bon état pouvait être revendu !
Monsieur Lopez me montre, pour finir, un pistolet à percussion Premier Empire, de l’époque de Surcouf, et il m’explique comment on chargeait laborieusement ce type d’arme à feu. Comme je le lui fais remarquer, cette opération prend, quand même, beaucoup moins de temps dans les films “Pirates des Caraïbes” !
Cache dans le retable !
Nous nous rendons ensuite à la chapelle Sainte-Sophie du 17ème siècle, où la messe était dite pour l’armateur, sa famille et ses domestiques. Monsieur Lopez déclenche, devant le retable, un mécanisme qui permet l’ouverture d’un passage caché qui avait été aménagé pour le curé lors de la Révolution française.
Que de découvertes ! Merci à Monsieur Lopez d’avoir bien voulu partager sa passion pour les corsaires, les armateurs et leurs malouinières avec nous !
Pour mon prochain billet, je vous raconterai mon souvenir le plus bucolique : l’épisode vécu en forêt de Brocéliande avec Mathieu, en espérant que la petite offrande sur le Tombeau de Merlin aura fait son effet… !
A bientôt,
Philippe